Tradução  /  O’Neill traduzido  /  Isabel Meyrelles

Isabel Meyrelles

Carta a Alexandre O’Neill

Isabel Meyrelles
Place des 2 Écus
75001 Paris

Paris, 15/6/84

Caro Alexandre
Mais uma vez V. vai ser a vítima das minhas traduções! Desta vez são destinadas à antologia do Liberto Cruz.
Encontro-me diante de dificuldades para encontrar uma tradução adequada para certas palavras do poema «Homem».
Venho por isso recorrer às suas luzes para que me ajude.
São elas: julio, pancrácio, gaspar, zézinho, vidrinho, infundioso.
Agradecia que me respondesse rapidamente pois devo entregar as traduções rapidamente ao Liberto Cruz.
Como tem passado?
Um abraço amigo da
Isabel

Laisse

A ta mère l’ivoire crucifié
à ton père le vice le plus lent
et à qui les voudra
les jolis peignes de la vertu

Rien que des phrases
célèbres
et n’oublie pas celle
qui dit

PARENTS
que faites-vous ?
VOS ENFANTS
ne sont pas des sous
DEPENSEZ-LES VITE !

Laisse aussi l’illusion à ces deux femmes
qui t’ont aimé et que tu ne vois pas

C’est seulement à l’époque où les suicidés
et les animaux parlaient
qu’il vallait la peine de détruire les illusions

Laisse encore
ce que l’algèbre la plus secrète
a décidé en ta faveur

L’ombre que tu as projetée
quelqu’un la transformera peut-être
en un diamant cruel

En ma faveur

En ma faveur
J’ai le vert secret de tes yeux
Quelques mots de haine quelques mots d’amour
Le tapis qui va partir vers l’infini
Cette nuit on bien encore une autre

En ma faveur
Les murs qui insultent avec lenteur
Certain refuge surplombant le murmure
Qui persiste à surgir de la vie quotidienne
Le bateau caché dans le feuillage
Le jardin où l’aventure recommence.

Le Sauvetage de l’Enfant

Je vois mon fils emporté par la mouche
et je frissone d’horreur !
Enlevé du berceau par la mouche
Il apprend en zigzaguant à lui servir de victime
Mais il ne pleure pas : un homme ne pleure jamais.

La mouche devient gigantesque, mon fils rapetisse.
Un bruit de ventilateur envahit la chambre.
La mouche me dépasse en trombe.
J’ai vu de mes yeux bientôt fermés pour l’éternité
mon enfant tout rose qui me souriait !

O mon enfant dérobé, quelle innocense est la tienne !
Ce fauve poilu va te sucer
et toi tu souris doucement, à la fois amusé et craintif,
comme si tu la montais dans un manège de foire !

Et moi, pauvre chasseur de mouches
d’une enfance persécutée
je reste ici, sans un geste ni un mot…

Soudain je projette ma main
du même geste que le collégien
tourmenteur de mouches (c’était pendant la leçon de morale…)
et tandis que dans ma main droite la mouche s’interroge
mon fils choit et pleure au creux de ma main gauche !

Profiles de peur

Profilés de peur, nous remercions
la peur qui nous sauve de la folie.
Décision et courage valent moins
et la vie sans vivre est plus sûre.

Aventuriers désormais sans aventure,
profilés de peur nous combattons
ironiques fantômes à la recherche
de ce que nous sommes, de ce que nous serons.

Profilés de peur, déjà sans voix,
le cœur opprimé entre les dents,
des fous, des fantômes, voilà ce que nous sommes.

Troupeau persécuté par la peur
Nous vivons déjà si proches et pourtant si seuls
que de la vie nous avons perdu le sens.

NOTA
Espólio de Alexandre O’Neill (Arquivo de Cultura Portuguesa Contemporânea – Biblioteca Nacional de Portugal)